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Lâchés par Trump et menacés par Erdogan, les Kurdes de Syrie appellent la France à l'aide

22 December 2018, 19:38

politic

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    Deux combattants des YPG à Ash Shaddadah, en septembre 2018. (Delil SOULEIMAN/AFP)

    Les miliciens kurdes YPG, à la tête de la coalition FDS qui domine le nord du pays, poussent un cri d'alarme. Et alertent sur le sort de leurs 1.000 prisonniers djihadistes.


     

    La décision abrupte de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie, prise lors d'un échange téléphonique le 14 décembre avec Recep Tayyip Erdogan et annoncée jeudi, a pris une nouvelle dimension ce vendredi avec les menaces du président turc à l'encontre des Kurdes de Syrie, jusque-là protégés par la présence des troupes de la coalition internationale anti-organisation Etat islamique (EI) emmenée par Washington.

    Lors d'un discours à Istanbul, Erdogan a ainsi assuré, froidement, que son pays tâcherait "d'éliminer les YPG [miliciens kurdes] et les résidus de Daech [acronyme arabe de l'EI]". Il a toutefois affirmé qu'il avait décidé, en accord avec Donald Trump, de surseoir dans l'immédiat à l'offensive qu'il prévoyait de lancer dans le nord de la Syrie contre les YPG.

     Ce sursis ne sera pas évidemment pour une période indéfinie. 

    Quelque 2.000 soldats américains sont actuellement déployés dans le nord de la Syrie, essentiellement des forces spéciales présentes pour combattre l'organisation Etat islamique et entraîner les forces locales dans les zones reprises aux djihadistes. 

    La menace des prisonniers djihadistes

    La décision américaine pourrait en outre contraindre la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) à renoncer à combattre l'EI. 

    "Combattre le terrorisme sera difficile parce que nos forces seront obligées de se retirer des lignes de front [dans la province] de Deir Ezzor [dernier bastion de l'EI, NDLR], pour prendre position sur la frontière avec la Turquie pour contrer toute éventuelle attaque", a déclaré Ilham Ahmad, une des responsables de l'appareil politique de la coalition, présente à Paris pour discuter avec le gouvernement de la nouvelle donne provoquée par l'annonce du retrait américain de Syrie.





    Pris entre deux feux, les Kurdes agitent également la menace de la libération de centaines de djihadistes étrangers qu'ils détiennent actuellement. 

     Nous craignons de ne plus maîtriser la situation et qu'il soit difficile pour nous de les garder dans une localité déterminée. 

    Un autre responsable également présent à Paris, Riad Drar, a déclaré qu'une telle libération serait évidemment involontaire. "Nous craignons que le chaos [que provoquerait une offensive turque, NDLR] ne nous permette pas de protéger les localités où ils [els djihadistes, NDLR] se trouvent." 

    Le sort des djihadistes étrangers détenus en Syrie est un vrai casse-tête pour les nombreux pays d'origine de ces prisonniers, qui ne souhaitent pas leur libération, mais ne souhaitent pas non plus les récupérer sur leur sol, offrant ainsi à leurs geôliers, les Kurdes, un levier diplomatique important. 

    La France, appelée à l'aide, reste muette

    Les deux responsables de la coalition étaient ce vendredi à Paris pour être reçus au palais présidentiel et discuter de la situation.

    "Nous demandons aux Français un soutien diplomatique", a souligné Ilham Ahmad, estimant que les autorités françaises "peuvent faire pression sur la Turquie pour qu'elle arrête ses menaces".

    "Nous avons demandé aussi que les forces [françaises, NDLR]assument leur tâche dans la région jusqu'à une solution politique soit trouvée."





    Paris n'a pas encore répondu à cet appel. La France participe à une coalition internationale conduite par les Etats-Unis pour combattre les djihadistes en Syrie et en Irak. Elle a déployé son artillerie et son aviation. Selon plusieurs sources, des éléments des forces spéciales sont aussi présents au sol en Syrie, mais le gouvernement n'a jamais confirmé cette présence.

    "Quand le président Trump dit que Daech est mort, nous considérons aujourd'hui que si le califat territorial n'est plus ce qu'il était en 2014 [...], s'il est réduit à peau de chagrin, il reste encore une poche dans laquelle les djihadistes de Daech sont repliés", a déclaré ce vendredi matin la ministre française des Armées Florence Parly.

    "Nous considérons que ce travail-là doit être terminé. Nous ne partageons pas du tout l'analyse selon laquelle le califat territorial serait anéanti", a ajouté la ministre.

     Le risque, en ne finissant pas ce travail, c'est de laisser perdurer des groupes et que ces groupes reprennent leurs activités. 


    Source de l'article:L'obs


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