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Mais pourquoi le cinéma français boude-t-il le général de Gaulle ?

January 5, 2018, 7:44 pm

Type: stars

       




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Alors que les productions anglo-saxonnes sur Churchill pullulent, comme en témoigne Les Heures sombres, le grand Charles reste quasi absent de nos écrans.


Les chiffres font mal : depuis 1935, une soixantaine d'acteurs ont incarné le plus célèbre homme d'État britannique contemporain, au cinéma ou à la télévision. Rien qu'entre 2016 et 2017, trois fictions auront fait de sir Winston le héros de leur récit – le téléfilm britannique Churchill's Secret(avec Michael « Dumbledore » Gambon dans le rôle-titre), ainsi que les films Churchill (Brian Cox) et Les Heures sombres (Gary Oldman). Sans parler de ses multiples apparitions en tant que personnage secondaire de premier plan, comme dans la série vedette de Netflix, The Crown. En face, le bilan de notre Charles de Gaulle national parait bien maigre : quatre téléfilms (Moi, général de Gaulle en 1990 sur TF1Le Grand Charles en 2006 sur France 2Adieu de Gaulle, adieu en 2009 sur Canal+L'Appel du 18 juin en 2010 sur France 2) et... aucun film. Au cinéma, c'est tout juste si on l'aperçoit, le temps d'apparitions quasi spectrales, dans Mission spéciale (1946), La Carapate (1978), Paris brûle-t-il (1966), Martin Soldat (1966) ou encore L'Armée des ombres (1969).

Pourquoi une telle pudeur des producteurs et créateurs tricolores sur la plus grande figure historique française du XXe siècle alors que, de l'autre côté de la Manche, Churchill crève régulièrement l'écran depuis si longtemps ? « Les raisons sont tout d'abord cinématographiques : la difficulté de trouver un acteur suffisamment crédible pour l'incarner. Mais aussi politiques : le poids du Parti communiste, opposé au Général, au sein du cinéma français de l'époque. Voire philosophiques : dans l'immédiat après-guerre, la vision de la Résistance privilégie le groupe contre l'individu. Cela change un peu quand de Gaulle revient au pouvoir en 1958. Mais de nombreux réalisateurs restent réticents », expliquait l'historienne Sylvie Lindeperg, interviewée en 2009 par Télérama. Et l'universitaire de rappeler cette célèbre phrase de René Clément, réalisateur de Paris brûle-t-il, qui déclarait « pouvoir représenter le diable mais pas le Bon Dieu » (dans son film, Hitler est incarné par l'acteur Billy Frick, tandis que de Gaulle n'est présent que via des images d'archives).

De Gaulle semblait programmé pour sauver la France. Cette figure de saint est moins inspirante pour le cinéma.

Producteur du téléfilm en deux parties Le Grand Charles (où Bernard Farcy interprète le Général), Jean-Pierre Guérin confirme ce tabou autour du premier président de la Ve république. « Lorsque j'étais journaliste à l'ORTF, à la fin des années 60, on se demandait souvent quel acteur pourrait incarner de Gaulle au cinéma, tout en se disant que c'était impensable. C'était une figure trop sacrée. Mais j'ai toujours été fasciné par son histoire et j'ai dû me battre pour imposer l'idée d'un téléfilm sur lui. J'ai mis quatre ans à monter Le Grand Charles et ai essuyé beaucoup de refus, au prétexte que représenter de Gaulle dans une fiction, ça ne se fait pas. J'ai dû ensuite batailler pour imposer Bernard Farcy dans le rôle, après le refus de Jean Reno. Sans le soutien actif du directeur général de France 2 à l'époque, on n'y serait pas arrivé. »

 

 

« Ça ne se fait pas… » De Gaulle, divinité dont l'incarnation serait frappée d'interdits religieux ? Réalisateur de L'Odyssée (biopic sur Cousteau sorti en décembre 2016), Jérôme Salle estime en tout cas que cette perception d'un de Gaulle au-dessus des hommes constitue un frein pour les créateurs : « Il y a chez Churchill, qui était un has-been de la politique et un alcoolique avant de redevenir un héros de guerre, un côté challenger qu'on perçoit moins chez de Gaulle. On a l'impression que de Gaulle semblait programmé pour sauver la France depuis son enfance alors que l'on sent davantage les tares et faiblesses de sir Winston. Cette figure de saint est peut-être moins inspirante pour le cinéma, d'autant que de Gaulle est présent dans nos vies depuis toujours, entre les cours d'histoire et les documentaires. Le public a l'impression de le connaître par cœur et a moins d'appétit – c'est ce qui a desservi, je pense, le récent biopic sur Mandela. Mais les générations suivantes seront peut-être plus curieuses. » De son point de vue de cinéaste, Salle ajoute malicieusement que « filmer en cinémascope un acteur de 2 mètres, c'est un vrai casse-tête ».

Entre légende et tabou

Le journaliste et historien politique Eric Roussel, auteur d'une biographie de référence sur le géant de Colombey, justifie lui aussi la victoire par K.-O. de Churchill à l'écran. « Quand il est nommé Premier ministre en 1940, l'Angleterre est toujours debout, tout ne s'est pas effondré. De Gaulle, lui, a dû relever une France totalement anéantie par le désastre de juin 1940, il est parti de rien. Il a une dimension légendaire, sacrée, une singularité qui le rend plus difficile à représenter en fiction », assure-t-il, contredisant le réalisateur des Heures sombres Joe Wright. Ce dernier nous confiait qu'à son avis les Français rechignent à traiter le sujet parce que « de Gaulle a davantage divisé l'opinion que Churchill ». Il est vrai que le chef d'État britannique quitta le pouvoir plus tôt que le Général, alors qu'il était encore très populaire. De Gaulle, lui, dut affronter les dossiers houleux des années 60.

 

Propaganda tract at the time of the referendum ©  Photo12

Selon l'historien Eric Roussel, "le gros point noir de l'histoire de de Gaulle reste sa gestion de la guerre d'Algérie et son coût humain"

© Photo12

 

« Sa baisse de popularité après Mai 68 ne me semble pas peser très lourd face à son aura globale », rétorque Éric Roussel, qui reconnaît tout de même que « le gros point noir de son histoire reste sa gestion de la guerre d'Algérie et son coût humain ». « Mais, du coup, on est à nouveau dans un tabou. » Dernier obstacle, enfin, selon lui : « De Gaulle se prête plus facilement à la caricature que Churchill, c'est plus risqué. »

Quand Hollywood préférait Staline à de Gaulle

Des tentatives ont pourtant bien eu lieu. À l'occasion des 120 ans du cinéma, en 2015, la bibliothèque de Radio France avait ainsi exhumé le scénario d'un film jamais tourné : De Gaulle par… l'écrivain William Faulkner, familier de Hollywood dès les années 30. L'incroyable histoire du projet nous apprend que l'auteur de Sanctuaire et Le Bruit et la Fureur avait été missionné en 1942 par les studios Warner pour honorer une commande du président Roosevelt en personne, l'écriture d'un long-métrage de propagande destiné à promouvoir l'image de De Gaulle aux États-Unis. Le récit s'attardait sur la figure (déjà) christique du leader de la France libre, au moment de l'appel du 18 juin 1940. Mais la difficulté de trouver un acteur au physique adéquat et, surtout, les tensions grandissantes entre de Gaulle et Churchill finiront par torpiller l'initiative. Pour ne pas se fâcher avec son allié britannique, la Maison-Blanche lâchera le De Gaulle de Faulkner pour encourager à la place la production de Mission à Moscou de Michael Curtiz (1943), film de propagande pro-soviétique, Staline étant devenu entre-temps le bon élève de la coalition alliée contre Hitler.

 

Moi, général De Gaulle, l'un des rares téléfilms consacré au géant de Colombey-Les-Deux-Églises, diffusé sur TF1 en 1990.

© TF1

 

Quarante ans plus tard, le script avorté du romancier sera publié aux États-Unis, puis traduit en France chez Gallimard en 1989, avant d'être réinterprété l'année suivante chez le même éditeur par Bertrand Poirot-Delpech dans un ouvrage intitulé Moi, général de Gaulle qui servira de modèle au téléfilm diffusé sur TF1 en 1990. Ce n'est pas tout : Pierre Schoendoerffer, le réalisateur du Crabe-tambour (1977) et de Diên Biên Phu (1993), a lui aussi nourri l'idée d'un film sur de Gaulle. « On tournait Diên Biên Phu à Hanoi et un soir, après quatre ou cinq verres, on discute de ce que pourrait être notre projet suivant. On en est venus naturellement à de Gaulle, se souvient le producteur Jacques Kirsner. Pierre envisageait d'aborder la guerre d'Algérie et je lui ai dit qu'un film sur de Gaulle contre l'OAS (Organisation armée secrète, l'organisation clandestine d'extrême droite militant pour l'Algérie française, NDLR), ça serait formidable. Mais il est parti sur d'autres projets qu'il n'a pas pu monter et ensuite le temps avait trop passé. » À noter qu'en 1973 le génial thriller américain Chacal de Fred Zinnemann (tiré d'un roman de Frederick Forsyth) relatait déjà un complot d'assassinat contre de Gaulle par trois dirigeants de l'OAS, dans la foulée de l'attentat raté du Petit-Clamart. Le président français, là encore une silhouette fugace et muette, était incarné par l'acteur français Adrien Cayla-Legrand, véritable « spécialiste » du rôle puisqu'il « l'interpréta » à six reprises.

Monter un film sur de Gaulle serait d'une extrême difficulté, ce qui en dit long sur l'inculture et la bêtise de nos décideurs audiovisuels.

À la tête de JEM Productions, Jacques Kirsner a produit à la fois pour le cinéma et la télévision des œuvres centrées sur de grandes figures historiques françaises, du héros Clemenceau aux sulfureux Céline et Drumont, en passant par l'homme d'affaires Marcel Dassault. Féru d'histoire et se décrivant lui-même de culture marxiste, il se dit scandalisé que l'audiovisuel français (et le service public en particulier) n'ait pas davantage embrassé le mythe Charles de Gaulle : « Si un grand cinéaste, avec un vrai souffle et un vrai regard sur le personnage, m'appelle en me disant qu'il veut faire un film sur de Gaulle, je lui dis oui tout de suite. Ou un film sur l'antagonisme de Gaulle-Churchill ! Mais le monter serait d'une extrême difficulté, ce qui en dit long sur l'inculture et la bêtise de nos décideurs. Je n'arrive déjà pas à monter un film sur Pierre Laval, que France Télévisions me refuse au prétexte que le public n'aime pas les films français historiques. Hormis les comédies, il n'y a plus que les films ou séries policières qui les intéressent. Le service public est devenu le plus grand commissariat de France, Macron a eu mille fois raison de parler de honte de la nation. »

Jean-Pierre Guérin fantasme lui aussi sur un de Gaulle sur grand écran, dans un récit qui relaterait son combat pour « relever la France » dans l'immédiat après-guerre, après les discours de Bayeux en 1944 et 1946. Mais il affirme à son tour : « Les films historiques français ne marchent pas en salle, le public préfère les productions anglo-saxonnes dans le genre. Du coup, les diffuseurs et autres organismes de financement type Sofica ont peur. Un film sur la vie entière du général de Gaulle, c'est impossible, trop cher. Il faudrait se concentrer sur un angle précis, mais, même là, ce serait une fresque à plus de 10 millions d'euros. » Mais il y a peut-être un espoir, car l'air du temps pourrait, croit-il, désinhiber les financiers : « De Gaulle est un grand personnage de notre histoire et, dans certains de ses discours, Emmanuel Macron incarne cette volonté de redonner confiance à la France. Le souffle formidable de ce que de Gaulle a fait pour notre République mériterait d'être raconté par des créateurs français. » Et Jacques Kirsner d'ajouter : « Plus ça va, plus je pense que Charles de Gaulle sera de nouveau d'actualité. L'époque redevient difficile et il était par définition l'homme des difficultés. » Ce sera peut-être pour 2020, année du 50e anniversaire de la mort du Général (et des 130 ans de sa naissance) : France 2 diffusera alors un nouveau documentaire inédit de deux heures sur de Gaulle, préparé par Éric Roussel et Patrice Duhamel. L'occasion pour le cinéma français de s'y mettre enfin ?


Source de l'article: www.lepoint.fr



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