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Une idée: arrêtons de consommer à tout va et contentons-nous du minimum

January 16, 2019, 11:10 am

Type: consumption

       




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«Les hommes ont réussi à accumuler une énorme masse d’objets, mais la joie dans le monde s’est amenuisée», avait écrit Dostoïevski dans «Les frères Karamazov». Et si le renoncement s’érigeait en vertu au pouvoir libérateur?






Il y a plusieurs siècles, Diogène le Cynique jeta sa coupe lorsqu’il vit un enfant boire à l’auge avec ses mains. L’anecdote suscite la réflexion et soulève d’importantes questions. Quelle est l’utilité des objets? Quelle valeur donnent-ils à notre vie? «La plupart d’entre nous voyagent dans la vie avec un bagage excessif», répond Dominique Loreau dans L’art de la simplicité.

Elle ajoute que dans nos sociétés occidentales, «du lever au coucher, nous consommons, accumulons, collectionnons. Nous ne savons plus vivre simplement. Nous avons trop de biens matériels, trop de choix, trop de tentations, trop de désirs, trop de nourriture. Que d’objets inutiles nous achetons parce que nous les voyons chez les autres? Eliminons-en un maximum en ne possédant qu’une seule chose de tout (sac à main, imperméable, agenda, poêle…). Les mystiques ont toujours dit combien leur pauvreté les faisait se sentir riches: ils avaient déjà à l’intérieur d’eux-mêmes tout ce qui les comblait.»

Ses propos font écho à ceux de Mark Twain, pour qui «la civilisation est une multiplication sans bornes de nécessités inutiles», mais aussi à ceux de Charlotte Perriand. Dans Une vie de création,cette architecte à l’avant-garde des tendances explique que «le monde des connaissances est assez riche pour peupler notre vie, sans y ajouter le besoin de bibelots inutiles qui ne feraient qu’accaparer notre esprit et nos heures de loisirs. Car celui qui a le choix a aussi les tourments. Inversement, plus les choix sont limités, plus l’esprit est libre et créatif.»





Quant à l’écrivain irlandais Lafcadio Hearn (1850-1904), également connu sous le nom de Koizumi Yakumo, il expliquait, admiratif, que seules cinq minutes suffisent à un Japonais pour se préparer à un long voyage. «Il a peu de besoins. Sa capacité à vivre sans entraves, sans meubles, avec un minimum de vêtements, fait sa supériorité dans cette lutte constante qu’est la vie.»

L’art du «kufu»

Arrêter cette folie de collectionner des objets à l’utilité plus que discutable, c’est le défi que s’est lancé pendant un an Valeria*, une Genevoise qui a décidé de ne dépenser son argent que pour ce qui nourrit le corps et l’esprit. Pour le reste, elle pratique le troc, la frugalité et l’art du kufu qui consiste, au Japon, à faire avec les moyens du bord, sans chercher à se rendre propriétaire de tel ou tel objet, ce qui revient à trouver une solution aux besoins grâce à l’ingéniosité: «Une fois nos besoins vitaux assurés – se vêtir, se nourrir et se loger – appliquer la philosophie de l’infiniment peu libère l’esprit. Bien des choses sont inutiles mais nous ne le comprenons qu’au moment où nous nous en privons. Plus que d’acquérir des objets, l’argent devrait servir à faire des expériences, à étudier, à voyager…»

Ainsi, lorsque la ville s’agitait nerveusement à l’approche des soldes, Valeria dégustait un thé au soleil sur une terrasse. «Quelle sérénité!» clame-t-elle. Elle rappelle ces propos entendus dans la bouche d’une actrice américaine: «Je ne veux ni posséder les choses, ni en être responsable. Je veux seulement qu’elles soient là quand j’ai besoin d’elles. […] Dites à vos amis que vous ne voulez pas de cadeaux qui durent plus longtemps qu’une bouteille de Taittinger ou qu’un bouquet de roses mauves. Je ne veux pas de choses, je veux des moments.»

Remèdes contre la fièvre acheteuse

Reste qu’il est difficile, parfois, de ne pas céder au chant des sirènes de la consommation. Comment résister à l’impératif du «plus grand, plus neuf»? «Songez, en vous arrêtant devant chacun des objets qui sollicitent vos sens, qu’il se dissout déjà, qu’il se transforme et qu’il tombera un jour en poussière», conseille Dominique Loreau.

Elle ajoute que si nos besoins vitaux correspondaient à nos désirs profonds, nous ne nous entourerions que de qualité: «N’achetez jamais parce que «c’était une affaire». Faites des choix exigeants. Possédez peu, mais le meilleur de tout. Ne vous contentez pas d’un bon fauteuil, mais achetez le plus beau, le plus léger, le plus ergonomique et le plus confortable. Le minimalisme coûte cher, mais c’est à ce prix que vous arriverez à vous contenter du strict minimum.»

Lutter contre l’accoutumance

Elle rappelle aussi que ce ne sont pas les gros investissements qui nous démunissent, mais bien toutes ces petites choses aujourd’hui oubliées, tel un pull à bas prix qui déteint ou rétrécit au premier lavage. «Votre carte de crédit ne devrait vous servir que dans les cas d’urgence: dès que vous l’utilisez, vous dépensez plus. Thoreau, le philosophe américain, se réjouissait de pouvoir compter sur les doigts de sa main ses opérations financières.»





Apprendre à renoncer à quelque chose temporairement, même lorsque rien ne nous y oblige, permet enfin de lutter contre le phénomène d’accoutumance du cerveau humain. «Nous nous habituons aux choses, surtout à celles qui sont agréables, et au final nous n’en profitons plus comme au début», assure Elsa Punset dans Le livre des petits bonheurs (Ed. Harmonie Solar). Autrement dit, l’habitude altère notre perception. Elle invite toute personne blasée à réfléchir à quelque chose dont elle profite tous les jours et qu’elle considère comme acquise.

«Les stoïciens vont loin: de temps à autre, ils portent de vieux habits, dorment dans la rue, mangent les pires aliments qu’ils puissent trouver… Vous, vous pouvez vous contenter de supprimer la pause-café matinale, ou toute autre chose que vous appréciez, pendant quelques jours, pour ensuite reprendre votre habitude. Vous y prendrez plus de plaisir, en éprouvant une plus grande sensation de gratitude et une capacité plus intense à l’apprécier.»

A cet égard, faut-il le rappeler, l’épicurisme est d’origine ascétique: aucun bien n’aide son possesseur si celui-ci n’a pas été à l’avance préparé à le perdre.


Source de l'article: letemps




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