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Les 18-24 ans en plein paradoxe : écolos mais consuméristes

21 December 2019, 16:51

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    Ecolos mais consuméristes, prenant le vélo pour aller au boulot mais partant deux ou trois fois en avion par an pour aller en vacances, conscients de la gravité de la situation écologique mais peu adeptes du tri sélectif… Les 18-24 ans semblent nager en plein paradoxe, selon une étude menée par le CRÉDOC.


     

    E n août 2018, la militante Greta Thunberg s’installait pour la première fois devant le Parlement suédois pour demander au gouvernement de son pays, plus d’actions en faveur de l’environnement. Un an plus tard, des milliers de jeunes se rejoignent chaque vendredi pour le #Fridaysforfuture ou lors des manifestations pour le climat dans les rues des villes du monde entier. Cette mobilisation, ainsi que le fort vote écologiste des jeunes aux élections européennes semblait nous permettre de dessiner le portrait d’une génération consciente de la gravité du changement climatique. Mais les récentes enquêtes menées par Alina Koschmieder, Lucie Brice-Mansencal et Sandra Hoibian, chercheuses au CRÉDOC, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie, révèlent une réalité plus nuancée.

    Cette étude réalisée pour l’ADEME, l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie et publiée en décembre 2019, synthétise de nombreuses données issues de quatre enquêtes, chacune respectant la méthode des quotas (région, taille d’agglomération, âge-sexe, PCS) pour constituer des échantillons fiables et représentatifs. Parmi les dossiers de recherche aggrégés, on compte les enquêtes annuelles « Conditions de vie et aspirations » et« Tendances de consommation » du CRÉDOC, l’enquête « Représentations sociales de l’effet de serre » réalisée en 2017 par le biais d’Opinionway pour l’ADEME et les Eurobaromètres de la Commission européenne

    La #MarcheDuSiècle, samedi 16 mars. Crédits : Romane Mugnier pour Usbek & Rica. La #MarcheDuSiècle, samedi 16 mars. Crédits : Romane Mugnier pour Usbek & Rica.




    Chez les 18-30 ans, l’environnement est devenu un sujet majeur, en tête des préoccupations (32 % des réponses), devant l’immigration (19 %) et le chômage (17 %), d’après l’enquête annuelle sur les « Conditions de vie et aspirations » du CRÉDOC (réalisée deux fois par an, chaque année). Parmi les problèmes environnementaux cités par les jeunes adultes : le réchauffement climatique (41 %) et la disparition d’espèces végétales ou animales (39 %). Ce n'est pas étonnant pour Jörg Muller, chercheur au CRÉDOC, « les pesticides, la disparition d'espèces... ces problématiques sont devenues des sujets sociétaux très médiatisés. Les jeunes qui ont accès à ces informations ont forcément été sensibilisés par cette cause, mais cela concerne majoritairement des urbains diplômés aux bons revenus. C'est une prise de conscience très individuelle ». Les jeunes urbains, souvent plus diplômés sont, d'après l'étude du CRÉDOC, encore plus sensibilisés que les autres 18-30 ans vivant dans les zones rurales car « davantage confrontés aux changements climatiques comme la pollution atmosphérique, et obligés de vivre dans ces conditions au quotidien » précise le chercheur. 

    Source du graphique : étude publiée par le CREDOC Source du graphique : étude publiée par le CREDOC

    Cette inquiétude grandissante a un impact positif puisqu’elle se traduit par une progression de l'engagement des 18-24 ans sous la forme de bénévolat ou de participation aux manifestations pour le climat. D’après le CRÉDOC, seuls 3 % d’entre eux s’engageaient en 2016 contre près de 12 % en 2019. Leurs actions sont visibles sur les réseaux sociaux et ont un poids bénéfique, puisqu’elles tendent à mettre sous pression les gouvernements qui ne respectent pas leurs engagements pour le climat.

    On peut rappeler notamment, l’action en justice engagée en septembre 2019 par 17 jeunes, dont Greta Thunberg, et déposée avec l'aide du cabinet international d'avocats Hausfeld et la bénédiction de l'Unicef, contre cinq Etats pollueurs : la France, l'Allemagne, l'Argentine, le Brésil et la Turquie. L’une des égéries mondiales du mouvement lycéen contre le changement climatique aux côtés de la Suédoise Greta Thunberg, Alexandria Villasenor avait, à ce moment-là, mis en avant le rôle des jeunes dans la lutte contre le changement climatique en précisant à RFI que « beaucoup d’adultes n’y croient pas. On est là pour les défier et changer leur mentalité ».

    Sensibilisés mais consuméristes

    Cependant, cette importante mobilisation est confrontée à un grand paradoxe : les 18-30 ans restent de grands consommateurs, pour qui « acheter est avant tout un plaisir », notamment dans le domaine du multimédia. « Le plaisir que procure la consommation est extrêmement important pour eux » explique Jörg Muller. « On est face à des jeunes assez individualistes, extrêmement attachés à un paradigme libéral de consommation. Ce n'est pas que pour satisfaire leurs besoins qu'ils achètent aussi frénétiquement, cela leur procure une sensation de bien-être, c'est comme une addiction. Ils sont tiraillés entre ce comportement irrationnel et de l'autre côté, la conviction qu'on ne peut pas continuer ainsi. » 

    « Quand on leur demande pourquoi, ils nous répondent : raison financière ou manque de temps »

    Ils ont aussi du mal à avoir des comportements exemplaires. « 28 % des 18-24 ans déclarent avoir pris l’avion deux fois ou plus au cours des douze derniers mois » peut-on lire dans l’enquête « Tendances de consommation 2018 » du CRÉDOC. Si on les compare à l’ensemble de la population, les 15-24 ans font moins d’efforts pour trier leurs déchets, passer au zéro déchet (ou réduire leurs emballages), acheter des légumes de saison, éteindre leurs appareils électroniques au lieu de les laisser en veille… Ils attendent toujours avec autant d’impatience les soldes, mais pas uniquement pour faire de bonnes affaires, ils sont 30 % à en profiter pour acheter encore plus que d’habitude, contre 18 % en moyenne pour l’ensemble de la population. Et ils ne sont que 56 % à vouloir prolonger au maximum la durée de vie de leurs achats.

    Source : enquête Opinionway pour l’ADEME 2017. Source : enquête Opinionway pour l’ADEME 2017.

    Les 18-24 ans, eux, et ce, malgré l’essor de plateformes de vente comme Vinted, sont peu nombreux à acheter des vêtements d’occasion ou éco-responsables. Ils avouent même être conscients du gaspillage qu’ils occasionnent, notamment concernant les produits électroniques et ménagers « qu’ils jettent de manière trop systématique ». Alors, que se passe-t-il chez ces 18-24 ans ? « Quand on leur demandait ce qui les empêchait d'agir autrement, ils répondaient fréquemment qu'il s'agissait de raisons financières ou d'un manque de temps » précise Jörg Muller. 

    Mobiles et plus écolo

    Leur mode de vie a néanmoins été impacté par le contexte écologique et social. S'ils sont nombreux à abuser des trajets en avion pour voyager, les jeunes adultes sont presque exemplaires lorsqu'il s’agit de se déplacer au quotidien. Ils privilégient le train, les transports en commun comme les bus ou les métros, le vélo ou le covoiturage. « Les jeunes ont toujours eu des problèmes de mobilité, avant, ils étaient extrêmement tributaires de la voiture mais aujourd'hui ils ont d'autres options. Mais ce sont évidemment les jeunes qui vivent dans les centres urbains qui profitent le plus de la multiplication des offres de mobilité ». 





    De génération en génération, ils sont de moins en moins nombreux à posséder une voiture, comme l’expliquent les chercheurs dans l’étude réalisée pour l’ADEME. Le font-ils pour des raisons écologiques ou économiques ? Pour Jörg Muller « la voiture coûte cher, mais elle est aussi de plus en plus mal vue, car considérée comme très polluante. Elle a aussi perdu de l'importance en terme de statut social ». 

    Des leviers d'actions possibles

    Pour encourager cette tranche d’âge à aller plus loin dans sa démarche et son engagement écologique, les chercheurs du CREDOC ont dégagé plusieurs leviers d’action. D’abord, donner l’exemple, pour encourager les bons comportements, puis en montrer les bénéfices personnels : « manger plus sain, respirer mieux, avoir du temps pour faire des actions concrètes ». Ou encore « rendre les pratiques durables différenciantes et socialement désirables ». Enfin, pour les chercheurs, le changement doit aussi passer par des évolutions positives au sein des entreprises et via des politiques publiques, et la technologie doit se mettre au service de la cause. Notamment en proposant aux jeunes des applications conçues pour faire des économies d’énergie, sélectionner des produits à faible impact environnemental ou connaître l’empreinte carbone de leurs déplacements. De quoi, peut-être, permettre aux 18-30 ans de concilier leur sensibilité environnementale et leurs aspirations financières et professionnelles. 

     


    Source de l'article: usbeketrica.com


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