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Et si l’IA n’existait pas ?

January 18, 2019, 9:09 pm

Type: TECHNOLOGIE

       




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Sheep Pain Facial Expression Scale (SPFES)  est un outil élaboré en 2016 par le docteur Krista McLennan de l’Université de Cambridge. « Les chercheurs ont nourri l'intelligence artificielle avec 500 photos de moutons et lui ont appris à mesurer la souffrance en analysant la position de la bouche, le plissement des yeux, l'inclinaison des oreilles et tous les autres éléments susceptibles de traduire un mal-être. » La douleur est reconnue dans 80% des cas et permet d’établir des diagnostics précoces en vue de soigner les pauvres bêtes. Voilà qui fait avancer la science, même si l’histoire ne dit pas si ce sont des travailleurs sous payés en Asie du Sud-Est qui ont tagué les photos d’ovins.

Le dernier ouvrage d’Antonio Casilli, En attendant les robots, enquête sur le travail du clic  (Seuil), a défrayé la chronique. La thèse : l’intelligence artificielle repose sur le travail manuel de millions de travailleurs précaires qui trient, annotent et commentent les données nécessaires à son bon fonctionnement. De là à affirmer que l’intelligence artificielle n’existe pas, il n’y a qu’un pas, qu’il est tentant de franchir ici. Juste pour voir.






La semaine de l’intelligence artificielle a une drôle de tête : le lundi, elle va nous remplacer ; le mardi, elle va créer des emplois ; le mercredi, elle nous dépasse de nouveau ; mais heureusement, elle nous augmente le jeudi (ouf !). Et ainsi de suite jusqu’à ce que nous nous persuadions qu’elle est une personne avec sa volonté propre, une bonne copine ou notre pire ennemie, selon le jour, nos convictions ou notre position dans la société. En fait, nous la connaissons plutôt mal. Nous n’en n’avons pas toutes les clés, et c’est là que Casilli apporte un éclairage supplémentaire. C’est en sociologue de terrain qu’il est allé soulever le capot des intelligences artificielles qui prennent place dans nos smartphones, nos maisons et nos automobiles. Derrière ces IA aux airs schizophrènes, une autre réalité couve : des travailleurs précaires, essentiellement en Asie et en Afrique. Des petites mains qui taguent, annotent et commentent les images que « voient » les véhicules autonomes. Des petits doigts qui cliquent pour censurer les vidéos de décapitation sur YouTube et Facebook afin de nous éviter d’avoir à tomber dessus par un malencontreux hasard algorithmique. L’IA ne s’incarne donc pas en une unique personne virtuelle aux multiples interfaces, à la façon de l’OS du film Her de Spike Jonze, mais en des millions (de chair et d’os), qui travaillent dans l’ombre des mines de la modération, et qui ne sont pas cher payées. 

Si l’on suite de plus près le fil "casillien", l’intelligence artificielle est un mode d’organisation du travail. Un rapport d’exploitation qui modèle nos sociétés à son image. Non seulement nos intelligences artificielles sont « artificielles », mais elles embarquent toute une vision du monde et du travail. Cela pourrait tenir en deux étapes. Étape 1 : réduire tous les emplois en petites tâches compréhensibles par une machine. Étape 2 : dissoudre le travail dans les machines. C’est le même processus qui aurait mis les ouvriers derrière les machines, ou les clients devant les distributeurs de billets plutôt que face aux guichetiers. Pour Casilli, et comme il l’explique à Libération, l’objectif de cette IA est de « discipliner la force de travail », de calmer ses ardeurs en lui rappelant que si elle en demande trop, on l’automatisera. Automatisation qui relève selon lui d’un mythe : les distributeurs de billets n’ont pas remplacé les guichetiers, rappelle-t-il en début d’ouvrage. En d’autres termes, l’intelligence artificielle ne détruirait pas le travail, mais ne ferait qu’en déplacer les modèles et modalités. 






Une thèse qui ne fait pas l’unanimité mais que partage l’activiste Astra Taylor (@astradisastra), pas loin elle non plus de nous dire que l’automatisation est une farce. En témoigne sa charade de l’automatisation où elle explique que la soi-disant obsolescence de l’homme a souvent servi de prétexte pour réduire en cendre les revendications des salariés. Ce fut le cas en 2013 lors du mouvement « Fight for 15$ », au cours duquel les salariés des fast-foods américains demandèrent une revalorisation salariale. De son côté, l’ancien PDG de Mac Donald les menaçait subtilement d’automatisation. Ce qui ne manqua pas d’arriver quelques mois plus tard quand la grande chaîne de fast-food introduisit les bornes digitales en libre service dans ses restaurants. Seulement voilà, le travail des salariés n’a pas disparu. Les clients se chargent de sélectionner leurs menus (ce sont maintenant eux qui travaillent, dirait Casilli). Les employés de la chaîne, quant à eux, préparent les commandes. « Macdo » les embauche encore, le travail aurait juste, de nouveau, été déplacé. Le fond de l’affaire serait psychologique : il s’agirait de faire croire à n’importe quel travailleur qu’il est potentiellement automatisable. Astra Taylor invente un terme pour exprimer cette peur de l’automatisation qui n’arrive jamais : « Fauxtomation ». La fauxtomation, c’est le « en attendant les robots » de Casilli. Une épée de Damoclès technologique. Un horizon menaçant dont le seul objet serait de reproduire les structures en place. De nouveau, il n’y a pas d’automatisation, il y a juste des rapports de force. 




Ces deux pensées font écho à ce que le philosophe allemand Günther Anders (1902-1992) appelait la « honte prométhéenne » : ce sentiment de faiblesse qui s’empare de l’homme quand celui-ci compare sa condition biologique à la toute puissance de la machine. Mais quand on y réfléchit, cette honte ne mène à rien, car le match est truqué. Il n’y a aucune raison d’être honteux face à une machine, pas plus que face à un casse-noix qui lui, casse des noix bien plus vite et mieux que nous. Nous ne sommes pas non plus honteux face aux mouches (qui volent, elles), ou devant les lapins (qui copulent cent fois plus). Pour le dire autrement, Casilli, Taylor et Anders analysent la technologie selon un prisme nouveau, mais celui-ci n’épuise pas les nombreuses interprétations disponibles sur le marché des idées. 

Et c’est là toute la difficulté. Si on la dilue dans les rapports de domination qui la sous-tendent, alors l’intelligence artificielle disparaît à leur profit. On ne voit plus que ce qu’on ne voyait pas avant : des travailleurs pauvres dans des pays lointains. Mais il reste que, du point de vue du développeur, l’intelligence artificielle est un programme qu’il souhaite mettre au service de ceci ou de cela, sans nécessairement désirer un déclassement généralisé de la population. Du point de vue de l’historien des sciences, l’intelligence artificielle sera un assemblage de techniques, d’inventeurs et de faits sociaux qui ont conduit à son premier véritable essor au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Du point de vue du badaud qui traduit un texte dans une langue étrangère, elle sera une aide précieuse. Du point de vue de l’entrepreneur, un relais de croissance. Et ainsi de suite. Tous ces points de vues sont réels. D’où ce paradoxe : si l’une de ces visions ne saurait remplacer toutes les autres, leur coexistence ne devrait pas non plus diluer le tout dans un relativisme inopérant. Ou plus grave, dans une tétanie annihilant toute action ou réflexion pour le mieux plutôt que le pire. 


Irénée Régnauld


Source de l'article: orange



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